Portrait – Constantin Simen

Par  Paul Coudray

À 29 ans il est l’incarnation d’une jeunesse africaine qui rêve d’ « Aventure ». Guidé par la certitude d’un avenir meilleur ailleurs qu’au Cameroun, cela fait trois ans qu’il est arrivé en France.

Assis à la terrasse d’un café, Constantin Simen sirote un allongé. Habillé d’une grosse veste en cuir, un bonnet sur le crâne, il souffle dans ses mains pour se réchauffer. Il relève la tête, les lunettes pleines de buée et dans un sourire se lance dans son récit. Il est parti du Cameroun il y a de cela plusieurs années. Avec sa famille ils ont rassemblés un peu d’argent avant son départ. Entre les passeurs, la nourriture et les besoins de première nécessité il ne lui reste plus rien une fois arrivée à Tamanrasset en Algérie. Afin de survivre il enchaîne plusieurs petits emplois trois mois durant. Mais la vie en Algérie est un calvaire, « il faut sans arrêt être aux aguets » dit-il. Un soir alors qu’avec des amis ils avaient trouvé un endroit où dormir, la police est venu les déloger. « C’est surement l’une des épreuves les plus dures que j’ai eu a traverser » précise t-il, car pour échapper à la police il a sauté du deuxième étage d’un bâtiment, se cassant ainsi le pieds et la cheville. « Quand la police vient te chercher il n’y a plus d’amis, tu cours pour ta vie ». Il a ainsi gardé sa fracture jusqu’à la ville de Maghnia, 1934 Km plus loin au nord du pays. C’est à partir de cette ville que les migrants tentent de passer la frontière Marocaine pour rejoindre la ville d’Oujda. Une fois au Maroc ils sont des milliers à se cacher dans les forêts bordant les enclaves espagnoles. Constantin surnommé Guy-lo au Cameroun pour son amour de l’eau commence à déchanter. « C’est un véritable parcours du combattant, personne ne sait nager et tout le monde veut passer ». Il a perdu trois de ses bons amis dans cette traversée morts noyés. « Le pire là-dedans c’est que leurs familles ne sait même pas où ils sont » dit-il, le regard perdu.

« Je voulais la France, je l’ai eu avec un grand F »

Lui a réussi la traversée, ils étaient huit à ramer et tout le monde s’en est sorti. À Ceuta Guy-lo n’est resté que trois mois, en partie grâce à une émeute ayant forcé les autorités à « dégorger » le camp. Sur place il fait la rencontre d’un journaliste Loïc H. Rechi et du documentariste Jonathan Miller. En 2011, ces derniers tournaient un reportage intitulé : « Ceuta, douce prison ». À l’époque Constantin participe au projet avec d’autres migrants sans savoir que cela aller l’aider plus tard en France. Une fois de l’autre côté de la Méditerranée il est « libéré » à Sigüenza, une petite ville à une heure de Madrid. Il y reste un mois pour se faire de l’argent avant de partir en France. À Avignon ensuite il retrouve des amis de sa famille qui le considère comme leurs « propre fils ». Le jeune camerounais arrive donc en France en 2012, en même temps que la sortie du documentaire : « Ceuta, douce prison ». « Comme j’étais celui qui parlais le mieux français, j’ai assuré la tournée avec les réalisateurs » relate t-il. Cela lui a permis de se faire connaître et depuis il a déjà tourné dans deux autres documentaires. Mais sa principale activité est la cuisine, « J’ai la main de cuisinier» précise t-il. Il donne des cours à domicile mais il a aussi travaillé dans plusieurs restaurants de la capitale. « Le problème c’est que toutes ces activités ne sont qu’éphémères, avec mon statut il m’est impossible d’avoir un emploi digne de ce nom ». Aujourd’hui il est dans l’attente ; son dossier n’est pas encore traité. il aimerai obtenir le statut de réfugié ainsi qu’une carte de séjour de 10 ans. « En France c’est impossible d’avoir une situation stable. Sans statut, je ne peux pas avoir un emploi régulier, ni d’appartement ». Loin des rêves qu’il s’était fixé, il se rassure en se disant que dans tout les cas « c’était pire avant ». Mais Guy-lo a encore des rêves en tête, le seul obstacle maintenant ce sont les papiers. « Je voulais la France je l’ai eu avec un grand F. Sans papiers tu ne peux pas bouger, moi j’aimerai aller dans les autres pays d’Europe et peut-être même en Asie » dit-il en rigolant. En attendant il livre un constat amère de la France. « La réalité est là et rien ne change. À la place on se déshumanise alors que le pays gagnerait forcément à regarder le problème en face. Les politiques préfèrent nous pointer du doigt en nous imputant tout les maux de la société. Si on a tous joués nos vies dans cette traversée c’est parce qu’on se donne les moyens de nos ambitions. Les miennes sont simples, travailler et devenir français ».

                                                                                                                                        Propos recueillis par Paul Coudray

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