Portrait – Paul Diallo

Par Lucas Chedeville et Paul Coudray

En Europe, quand on a 22 ans, on pense à ses études, son travail, ses amours. Au même âge, d’autres sont préoccupés par leur survie. Paul, 22 ans, est né dans la région du Kankan en Guinée-Conacry.  Il est arrivé à Ceuta il y a sept mois après trois ans de pérégrination à travers l’Afrique. Il est parti seul, sans laisser personne derrière lui, en quête de réponses.

Le soleil se reflète sur le gilet jaune de sécurité que porte Paul, de fines gouttes de sueur perlent sur ses tempes. Adossé depuis le début de la matinée sur la devanture du Leroy-Merlin, il propose son aide aux clients. « C’est une bonne journée aujourd’hui » lance-t-il le sourire aux lèvres. Il a toujours su se débrouiller, trouver de quoi survivre même dans les pires moments. Petit déjà, il a dû chercher sa place au sein d’un foyer qui n’était pas le sien. Incapable de subvenir à ses besoins, ses parents biologiques l’ont confié à une famille d’accueil. Cette épreuve restera gravée en lui à jamais. Dans un pays très pieux où l’institution du mariage est sacrée, lui est un « bâtard ». Sa naissance hors mariage lui a valu insultes et moqueries de la part de ses amis tout au long de son enfance. Rejeté d’un côté par la société, de l’autre par sa famille de substitution qui ne le considère pas, incapable de trouver sa place dans un monde où rien ne le retient, un soir il décide de prendre la route. Première destination le Mali. Juste avant d’y arriver, à la frontière, il fait la connaissance d’un « vieux sage » plein d’empathie pour son passé. Pour la première fois de sa vie il peut se confier à quelqu’un qui l’entend, qui l’écoute. Voyant peut-être en lui un jeune plein d’avenir, il lui donne la plupart de ses économies. « Je ne sais pas ce qu’est devenu cet homme et je ne le saurais surement jamais, mais ce que je sais, c’est que si je suis là c’est grâce à lui ». Cet argent lui permettra d’arriver à Gao sans trop de difficultés. Là bas, il rencontre un passeur qui dit pouvoir le conduire jusqu’en Algérie. Après lui avoir confié une grande partie de son argent, ce pseudo passeur ne donnera plus de signe de vie.

Sans le sou, il est obligé de travailler pour continuer son périple. Après quelques semaines de petits boulots, il parvient à réunir le nécessaire pour prendre un bus pour Kidal, au nord du pays. Il débarque là-bas au milieu du chaos, au moment où les djihadistes d’Ansar Dine, du Mujao et d’AQMI combattent les forces françaises engagées dans l’opération Serval. Dès sa sortie d’autocar, lui et les autres passagers sont fait prisonniers par les islamistes et emmenés près de la frontière algérienne. Plaqués sur le sable brûlant du désert, on leur dérobe leurs derniers francs CFA, ceux qui ne se laissent pas faire sont immédiatement exécutés. Ce jour là, il perdra un de ses plus proches amis. Au fil du temps, en fin stratège, il se lie d’amitié avec les enfants de ses ravisseurs. Rapidement, il acquièrt leur confiance et une nuit, profitant du sommeil de tous, il fuit vers le nord. Une fois à Tamanrasset il rencontre d’autres migrants, entretenants comme lui des rêves d’Europe. Ils se serreront les coudes jusqu’à leur arrivée au Maroc. Capturé par la police marocaine, il est presque battu à mort. Il ne doit son salut qu’à l’intervention d’un gradé, qui a vu en lui le « reflet » de ses enfants. Quand Paul parle de ses croyances, il insiste sur la notion de destin. Pour lui, ces rencontres-là ne sont pas le fruit du hasard. Refoulé vers le Mont Gurugu, il tentera une dizaine de fois d’entrer à Melilla, sans succès. Le soir de sa dernière tentative, ils partent à 45 sur un radeau de fortune, seul 10 reviendront en vie. Mais même face à la mort, Paul persévère. « Alors que d’autres abandonnaient, moi je n’avais qu’un objectif : la France ». Celui qui n’abandonne jamais, risquera sa vie une dernière fois en prenant la mer pour Ceuta.

Il retire son bonnet, le pose sur la table, passe sa main dans ses cheveux et tourne son regard vers la mer. « Si seulement vous saviez ce que j’ai vécu. Aujourd’hui tout ça c’est derrière moi. Maintenant ma nouvelle vie commence, il ne reste plus qu’à attendre. En France, j’aurai une femme, belle, avec qui je fonderai une famille. Je m’engagerai dans l’armée et je reviendrai aider mon pays. Et là bas, je retrouverai ma mère ».

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